ZURBACH Julien

Histoire | 历史学

 Résumé | 内容提要

 

 

 

La formation des cités-Etats en Grèce antique古希腊城邦的形成

Cet ensemble de séances constitue une introduction à l’histoire des cités-Etats de la Grèce antique. Nous nous attachons plus particulièrement à leur période de formation, en analysant les facteurs sociaux et économiques qui constituent la clé de l’apparition de ce type d’Etats au début de l’âge du Fer. Ce phénomène historique est envisagé dans la longue durée – en prenant en compte l’expérience du Bronze récent (1600-1100 avant notre ère) – et dans l’espace qui est le sien, c’est-à-dire toute la Méditerranée, car les Grecs ne sont pas les seuls à fonder des cités-Etats. 

Le but de ces séances est donc de donner un état des lieux de la recherche sur la formation des cités-Etats en Méditerranée entre 1600 et 500 avant notre ère. Mon champ de recherche porte surtout sur le monde grec, mais il est indispensable, pour le comprendre, de le placer dans le contexte méditerranéen. Nous aborderons des questions d’histoire politique, économique et sociale, mais aussi la circulation des personnes, des savoirs et des savoir-faire depuis le Proche-Orient jusqu’à la Méditerranée occidentale : les savoirs médicaux, philosophiques, géographiques qui apparaissent alors dans le monde grec sont le résultat de transferts nombreux et complexes depuis l’Egypte et la Mésopotamie. Ce cours peut donc intéresser des étudiants de toutes disciplines, notamment l’histoire, la philosophie et la littérature.

La Grèce de l’âge du Bronze récent (1600-1100 a.c.) | 古希腊青铜时代晚期(1600-1100 a.c.)

Après une introduction générale à l’ensemble des séances, cette première séance sera consacrée à la Grèce de l’âge du Bronze récent, et à la période de crise qui la suit. On abordera rapidement la découverte des civilisations de cette époque à la fin du XIXe s. par Schliemann, Evans et d’autres, et l’histoire des recherches sur la civilisation minoenne et mycénienne. On abordera ensuite l’analyse des institutions politiques et administratives, révélées par les premiers textes en grec. Dans un troisième temps, on insistera sur les rapports extérieurs, pour placer ces royaumes mycéniens dans un cadre plus large, et ce à trois niveaux différents : (1) les circulations en Méditerranée, vers l’Egypte et l’Italie, avec le cas particulier de l’Asie mineure et les possibles racines historiques de la guerre de Troie ; (2) les circulations de savoirs et de savoir-faire entre le Proche-Orient mésopotamien et le monde égéen, et la question d’une première empreinte culturelle proche-orientale sur la Grèce ; (3) les analogies structurelles dans l’évolution historique au Bronze récent, entre l’Egée et le Proche-Orient, mais aussi jusqu’à la civilisation de l’Indus et la dynastie des Shang en Chine du nord, l’ensemble constituant un vaste espace où le palais royal est un centre social et politique dont le pouvoir est fondé sur l’écriture, le bronze, le char de combat et le cheval. On terminera en évoquant la crise des environs de 1200.

La Grèce des « âges obscurs » (1100-700 a.C.) et l’épopée homérique | 古希腊黑暗时代(1100-700 a.C.)与荷马史诗

Notre point de départ dans cette séance est l’épopée homérique. On commence par une présentation de ces œuvres et des problèmes nombreux qui sont liés à l’usage que peut en faire l’historien, et on présente en contrepoint le monde grec des âges qu’on dit obscurs, tel que l’archéologie nous permet de le comprendre. Les épopées sont le témoin de deux moments de crise : la fin du monde mycénien, au XIIe s., et les éléments de continuité ou les fragments d’héritage appropriés et réinterprétés qu’elle laisse subsister, d’une part ; et d’autre part les transformations qui commencent vers 800 à travers la Méditerranée : augmentation des échanges, circulations nouvelles, contestation des monarchies traditionnelles. On tentera de définir ce que l’épopée peur révéler des rapports de production, des institutions politiques et judiciaires, et de la production des savoirs en Egée au VIIIe s., en s’arrêtant particulièrement, pour terminer, sur la catégorie des démiurges, ‘ceux qui travaillent pour tous’, qui comprennent aussi bien les poètes (aèdes) et les devins que les artisans. Une telle association, pour surprenante qu’elle soit, n’est pas sans parallèles ethnographiques et correspond à un type de société bien précis, dominée par l’élément militaire et sans véritable urbanisation.

L’apparition des cités grecques dans la crise sociale archaïque (800-500) | 希腊城邦的出现源于古代社会危机(800-500)

L’apparition des cités grecques a fait l’objet de tentatives d’explication très nombreuses : on en examinera deux, celle fondée sur la révolution militaire et celle qui donne la première place à la création d’une identité collective. Toutes deux sont critiquées aujourd’hui. On analysera ensuite les éléments de la crise sociale : l’apparition de l’esclavage pour dettes et ses conséquences ; l’apparition de revendications d’abolition des dettes et de partage des terres ; la définition nouvelle, comme un compromis, de l’accès à la terre et de la circulation des biens, et la création de marchés d’un type nouveau, qui donnent aux cités grecques leur profil typique. Il faudra insister sur le rôle de l’urbanisation dans ces processus, et surtout sur la dimension méditerranéenne : les cités-Etats de Phénicie, d’Asie mineure ou d’Etrurie connaissent des évolutions semblables. Les sociétés méditerranéennes en transformation empruntent au Proche-Orient les outils d’expression des rapports sociaux nouveaux : la monnaie pesée, avant la monnaie frappée ; les objets de luxe destinés aux aristocrates ; et surtout la littérature de sagesse, qui contient les revendications paysannes, comme le montre l’étude d’Hésiode et du livre des Proverbes dans l’Ancien Testament. On termine par l’esquisse de parallèles possibles avec l’évolution des sociétés de Chine et d’Inde du nord jusqu’aux unifications par le Premier empereur et les Maurya.